La crise sociopolitique qui a éclaté au Togo le 19 août 2017 tarde à être dénouée. Malgré les efforts des chefs d’Etat de la sous-région, aucune avancée n’est encore perceptible au sujet de la question majeure à l’origine de la situation. Même le dialogue ouvert le 19 février pour tenter de concilier les positions du pouvoir et de l’opposition n’a accouché que de minces résultats, du moins à ce jour. Désormais, c’est vers la CEDEAO que les regards convergent et que les espoirs de chacun des camps en discorde sont portés. Aux lendemains d’une nouvelle mission à Lomé dirigée par Francis Béhanzin, le commissaire paix et sécurité de l’organisation sous-régionale, le chef de la délégation du gouvernement aux pourparlers dresse un état des lieux de la situation et estime que « le gouvernement a fait preuve d’ouverture contrairement à la coalition de l’opposition ». Gilbert Bawara indique que la CEDEAO, qui a eu le temps d’écouter les deux parties, connaît désormais les positions de tous les protagonistes et dispose de tous les éléments d'appréciation pour trancher dans le sens de la « normalisation définitive de la situation en se basant sur les normes et les principes qui fondent la démocratie et l’Etat de droit ».

Faire aboutir les réformes constitutionnelles et tenir les élections...

Selon le ministre de la fonction publique, le gouvernement togolais ne s’est jamais départi de la ligne de conduite insufflée et tracée par le président togolais Faure Gnassingbé depuis le début du mouvement de contestations le 19 août 2017. Pour lui, toutes les initiatives des autorités togolaises ont toujours été dictées par la volonté d’écoute et d’ouverture, le souci d’apaiser et de décrisper la situation et la nécessité de promouvoir le dialogue et la concertation avec pour objectifs de faire aboutir les réformes constitutionnelles et tenir les élections procédant de la loi fondamentale togolaise.

« Dieu merci, les togolais et les observateurs sont aujourd’hui édifiés quant à l’esprit conciliant et d’ouverture, au sens de la retenue, d’élévation et de la responsabilité qui caractérisent le gouvernent et sa majorité. En témoignent les nombreuses mesures d’apaisement qui ont été engagées, avec la libération de la quasi-totalité des personnes détenues, et qui ont été interpellées non pas pour des motifs politiques, mais en raison des forfaits et des exactions commises à l’occasion des manifestations. Les préparatifs des élections ont été interrompus depuis le 23 février 2018, et les dispositions ont été prises pour garantir et assurer de manière effective la liberté des manifestations et des activités politiques sur toute l’étendue du territoire», affirme Gilbert Bawara dans un entretien accordé à Togo Breaking News.

Le ministre note qu’au cours des dernières semaines, des partis politiques de l’opposition ont poursuivi leurs tournées et activités de terrain, sans aucun difficulté ni entrave. Il relève également que la coalition de l’opposition vient d’organiser des rassemblements notamment à Sokodé, Mango et Bafilo.

« Les togolais et les observateurs se rendent bien compte qu’aucune de ces localités n’est assiégée en dehors des dispositifs ordinaires de contrôle routier et de sécurisation des lieux publics, dans un environnement sous régional volatile et instable… Même des cas judiciaires qui n’ont aucun lien avec la situation actuelle ont bénéficié des mesures d’apaisement, notamment avec la libération de tous les militants de l’opposition détenus dans l’affaire des incendies des marchés de Kara et de Lomé. Dans la même affaire, le chef de file de l’opposition, Jean-Pierre Fabre a bénéficié de la levée du contrôle judiciaire auquel il était soumis jusque-là », soutient le ministre Bawara parlant des mesures d’apaisement.

Par ailleurs, il réaffirme l’engagement du gouvernement, exprimé en novembre 2017 à l’occasion d’un point de presse, de mettre à la disposition de tout leader politique qui le souhaite un dispositif de sécurité et de protection adapté, y compris Tikpi Atchadam, le leader du Parti national panafricain (PNP) qui s’est exilé volontairement au Ghana depuis fin octobre 2017. M. Atchadam a plusieurs fois expliqué qu’il n’était pas en sécurité sur le territoire togolais.

« Si dans un esprit d’apaisement et de décrispation, les autorités compétentes se sont abstenues de mettre en mouvement des poursuites judiciaires contre les instigateurs et les auteurs présumés de la tentative avérée de déstabilisation et de renversement des institutions, dont certains vivent librement sur le territoire et en dehors du pays, ce n’est pas pour ensuite se lancer, je ne sais, dans quelle intimidation ou persécution, même si la justice et les droits et intérêts des victimes ne doivent pas être sacrifiés », répond Gilbert Bawara qui précise : « Aucun leader politique n’a à craindre pour sa vie ou pour sa sécurité. Notre pays a besoin des talents, de la compétence et de l'énergie de tous».

Aucun acte et signe d’apaisement de la part de la coalition de l’opposition

Revenant sur le camp d’en face, la coalition de l’opposition, l’homme de confiance de Faure Gnassingbé se désole de constater que, malgré tous les efforts et gestes d’ouverture consentis par le gouvernement avec le soutien de sa majorité, le regroupement politique dirigé par Brigitte Adjamagbo-Johnson n’ait posé « le moindre acte ou signe d’apaisement ».

Pour Gilbert Bawara, la coalition a continué à agir « par défi en poursuivant ses manifestations et en bravant les engagements découlant des communiqués du 1er février et du 27 juin 2018, même lorsque les dirigeants de la CEDEAO se trouvaient à Lomé pour débattre de la situation togolaise et d’autres sujets sérieux pour la région ouest-africaine ».

« Elle n’a jamais ni déploré ni regretté les graves incidents, violences et exactions ayant émaillé certaines manifestations et qui se sont soldées par de nombreuses victimes et d’énormes dégâts matériels. Elle a toujours refusé de s’associer à un message commun de compassion et de solidarité envers toutes les victimes des événements qui se sont produits depuis le 19 août 2017, et elle a objecté à toute idée de lancer à nos concitoyens un appel à la non-violence et au rejet de l’extrémisme, de la haine et de l’intolérance », relève M. Bawara.

Le porte-parole du pouvoir de Faure Gnassingbé accuse la coalition des 14 partis de ne pas se préoccuper du sort des victimes des actes de vandalisme et des exactions commis en marge des manifestations, de ne pas se soucier des commerçantes et des commerçants des marchés de Kara et Lomé dont les activités ont été complètement ruinées, et de se désintéresser totalement des togolais qui subissent durement les effets dévastateurs des manifestations ainsi que du ralentissement global de l’économie.

« Ces agissements, procédant de la volonté manifeste de nuire à notre économie et à la réputation de notre pays, et de créer un climat de frustration et de révolte au sein des populations, n’ont nullement découragé et émoussé la volonté du chef de l’Etat et du gouvernement dans leurs efforts pour consolider le climat d’apaisement et de décrispation, et pour maintenir l’esprit de dialogue et d’ouverture », avance le ministre Bawara pour qui la cohésion nationale et l’intérêt supérieur du Togo en dépendent.

L’heure des décisions et des actions pour la normalisation de la situation

Au sujet du dialogue, il note que du 19 février à ce jour, les parties prenantes aux discussions ont largement échangé sur tous les sujets de fond et ont abondamment développé leurs positions et arguments.

« Ce qui obsède la coalition, c’est de remettre en cause l’ordre constitutionnel et les institutions démocratiques, obtenir la mise en place d’un gouvernement de transition qui dirigerait véritablement le pays et se chargerait à sa guise de la réalisation des réformes et décider qui peut ou non être candidat. Le stratagème est un peu simpliste, obliger le gouvernement et sa majorité à se démettre ou à se soumettre en acceptant d’être une victime consentante d’un coup de force insidieux », explique le ministre Bawara.

Pour le ministre de la fonction publique, la coalition tente d’imposer son diktat au gouvernement et sa majorité sans quoi elle reprendrait les manifestations pour rendre le pays ingouvernable. Mais M. Bawara affirme qu’il n’est pas question de céder à « la loi de la rue, plutôt que celle de la République ».

« C’est pour cela qu’il n’y aura plus jamais d’autre 19 août 2017. Les dirigeants de la sous-région et les facilitateurs sont suffisamment édifiés sur les enjeux. Il n’y a pas et il n’y aura nul besoin d’aucun autre mandat spécifique pour leur permettre de montrer aux acteurs politiques togolais la voie à suivre. L’heure est désormais aux actes, aux décisions et à l’action déterminée pour normaliser totalement et durablement la situation. Les repères et le fondement des décisions attendues sont parfaitement connues, ce sont les valeurs, les normes et les principes qui sous-tendent la démocratie et l’Etat, qui s’appuient solidement sur des règles juridiques essentielles et que reprennent largement les instruments communautaires pertinents, notamment le protocole additionnel de la CEDEAO relatif à la démocratie et à la bonne gouvernance », a-t-il déclaré.

...Renouer avec une dynamique de croissance plus forte et soutenue

Gilbert Bawara croit que ce que ces valeurs, ces normes et ces règles prescrivent ou proscrivent demeure valable au Togo et dans les autres pays. Selon lui, personne n’a intérêt à s’enfermer dans des certitudes, le jusqu’au-boutisme et la défiance face et contre toute une sous-région dont les dirigeants n’ont ménagé ni leur temps ni leurs énergies pour aider le Togo et accompagner les acteurs politiques à surmonter les moments de discordes et d’incompréhensions.

« Car il ne s’agit pas uniquement du Togo, mais également de la paix et de la stabilité de toute la  sous-région. Avec sérénité et confiance, les togolais savent que le prochain sommet de la CEDEAO, le 31 juillet, marquera une étape décisive et ouvrira des perspectives nouvelles pour la consolidation de la paix et de la stabilité et pour permettre à notre pays de renouer avec une dynamique de croissance plus forte et soutenue », martèle-t-il avant d’ajouter : « C’est cela qui est essentiel ».

Le ministre Bawara s’est également prononcé sur la mesure d’interdiction des manifestations de rue entre le 23 juillet et le 1er août prochain. Pour lui, la mesure se justifie par l’organisation à Lomé du sommet conjoint CEDEAO-CEEAC le 30 juillet et de la rencontre des Chefs d’Etat et de gouvernement de la CEDEAO le 31 juillet.

« C’est une immense reconnaissance pour le président Faure. Ça sera aussi une aubaine pour nos hôteliers, nos restaurateurs, nos hôtels et nos commerçants. Ces événements doivent se dérouler dans un climat de totale sécurité et sérénité, et c’est le sens et la portée des mesures prises par les autorités », a-t-il justifié.

En conclusion, Gilbert Bawara affirme que le gouvernement togolais ne « s’intéresse guère aux petits mots et aux petites phrases, aux débats et aux agitations stériles ». Pour lui, la responsabilité des autorités n’est pas identique à celle des partis et des acteurs politiques pour le fait que la sécurité et le bien-être de togolais incombent au gouvernement.

« Tous les enseignements ont été tirés de la période tumultueuse que notre pays vient de traverser. Dès le 1er août prochain, le temps des diktats, des postures de blocage et d’une volonté manifeste de statu quo que dénoncent à juste titre certains dirigeants étrangers sera totalement révolu. S'ouvrira alors un chapitre nouveau et chacun comprendra que la sagesse et le sens de responsabilité de la majorité silencieuse et des pouvoirs publics ne sont nullement des signes de faiblesse et de résignation. Les togolais aspirent à la quiétude et au bien-être et c’est la responsabilité des pouvoirs publics de les leur assurer», rassure-t-il.