La crise sociopolitique que traverse le Togo depuis des années et sa recrudescence à partir du 19 Août  2017 ne laisse indifférent aucun acteur de la vie politique togolaise. C’est ainsi que le Président du Mouvement citoyen pour la démocratie et le développement (MCD) réagit à propos de cette situation  dans cette interview exclusive accordée à la rédaction de l’Agence Corps Diplomatic Togo. Il donne son appréciation par rapport à la feuille de route de la CEDEAO,  la candidature de la C14 aux prochaines législatives et le dénouement de la crise. Pour lui, « le bout du tunnel n’est plus loin » mais c’est à l’opposition de savoir comment marcher pour s’en sortir. Lisez plutôt.

Bonsoir Maître et merci d’avoir  accepté notre sollicitation. En tant président du Mouvement Citoyen pour la Démocratie et le Développement (MCD) de Me Mouhamed TCHASSONA, quelle lecture faites-vous de la feuille de route de la CEDEAO, sortie le 31 Juillet concernant la crise togolaise?

Merci  mon cher  ami de nous donner encore l’opportunité de revenir sur cette feuille de route qui fait jaser.  Le 31 Juillet dernier, la CEDEAO a sorti cette feuille de route.  Les Togolais sont divisés par rapport à son appréciation, il y en a qui trouve que c’est une bonne démarche, il y en a qui trouve qu’elle est insuffisante mais globalement nous pouvons dire  qu’elle prend en compte un certain nombre de nos revendications bien que d’autres n’ont pas été prises en compte  mais nous disons comme ce sont des recommandations d’une institution régionale à laquelle nous sommes membres, nous avons le devoir dans un premier temps de l’accepter quitte à travailler à l’amélioration des points qui sont inscrits dans cette feuille de route et également voir si dans l’avenir,  nous pourrons obtenir davantage que ce que nous avons aujourd’hui. Voilà l’appréciation que je fais. Je l’ai dit à d’autres de vos confrères que le drame pour beaucoup de nos concitoyens  c’est que nous voulons voir dans la CEDEAO, une institution juridictionnelle qui devrait venir trancher un litige, celui qui a raison, qui a tort  et puis prendre des sanctions. Ce n’est pas le cas.  La CEDEAO est une organisation internationale qui a son mode de fonctionnement, son cahier de charges  et qui était au Togo en une mission de médiation, de facilitation et d’accompagnement des acteurs togolais qui ont perdu confiance les uns et les autres.  Elle est  venue nous accompagner à aller de l’avant. Je m’amusais à évoquer  l’institution  « togbévia » en pays Ewé, lorsque les gens n’arrivent pas à s’entendre, on consulte « togbévia » et quand il tranche on dit « amégan kpoé» a tranché et tout le monde s’aligne.

 

La Commission électorale nationale indépendante (CENI) que vous décriez, continue  ses activités. Et pour  preuve hier jeudi (le 09 Août), elle a publié un communiqué appelant les partis politiques à envoyer les noms de  leurs représentants au sein des CELI. Comment appréciez-vous cet état de choses?

  

C’est un peu surprenant que la CENI ait  mis le pied sur l’accélérateur alors que nous avions ensemble il y a une semaine la feuille de route et que nous attendons le comité de suivi avec qui on devait se rencontrer dans le cadre du dialogue pour voir comment ces recommandations dont l’une est la recomposition de la CENI, sur le renforcement du processus électoral, devrait être déroulée. Nous prenons tout ça avec philosophie tout en pensant que ce n’est qu’une institution, puisque les facilitateurs sont attendus la semaine prochaine, nous verrons bien de quelle manière rebondir sur cette question de la CENI pour aller vers une institution beaucoup plus réorganisée, assez représentative et sur le plan politique,  travaillera à l’éclosion d’une élection libre, transparente  et crédible respectant tous les standards internationaux. Pour le moment je crois qu’ils font leur "va tout" mais sachant qu' avec l’arrivée de la facilitation et puis le dialogue qui se poursuit, il n’y a pas de feu. Nous allons pouvoir nous entendre. Je reste optimiste.

 

Si les réformes préconisées par la CEDEAO sont opérées, est-ce que la Coalition des 14 partis de l’opposition ira aux législatives en bloc ou en rang dispersé ?

 

La coalition lorsqu’elle a été créée,  a inscrit son action dans un processus citoyen donc tout ce que nous réclamons, les revendications, les réformes constitutionnelles et institutionnelles, les réformes à tous les niveaux,  tout ce que nous avons déroulé constitue les attentes de toute la communauté nationale par rapport à la construction d’un hémicycle démocratique,  fiable qui soit bien régulier à tous les niveaux.  Maintenant la question des élections pour le moment n’est pas encore à l’ordre du jour au sein de la coalition. Ce serait hasardeux que je me prononce par  rapport, à  vous dire oui ou non. Dites-vous que ce n’est pas également un processus facile de se mettre ensemble pour  aller à une élection.  Nous avions eu des expériences lorsqu’on  était  avec la coalition arc-en-ciel,  et avec le Collectif Sauvons le Togo (CST), vous avez vu ce qu’il y a comme difficulté et à 14 je me demande comment ça va se passer.  Mais pour le moment,  ce n’est pas à l’ordre du jour ;  ce qui nous préoccupe c’est comment faire  en sorte que l’ensemble des institutions puissent  aussi être bien remodelées  dans le sens  d'avoir l’adhésion de l’ensemble de la communauté nationale.

 Certains Togolais disent déjà qu’une fois les réformes opérées, la C14 devrait aller aux élections législatives en bloc. Qu’est-ce que vous leur répondez ?

 Nous écoutons tout cela avec beaucoup d’intérêt. Dans la mesure du possible nous verrons comment rendre possible ce vœux là. Mais d’ores et déjà,  je vous avoue que ce n’est pas un processus facile. Ça demande un certain nombre de choses à mettre en place. Ce n’est pas évident mais ce n’est pas exclu. Ce n’est pas encore à l’ordre du jour et je ne saurais vous dire si on ira en rang dispersé ou globalement. Pour le moment ce n’est pas à l’ordre du jour.

 

Monsieur le Président, votre mot de la fin ?

 

Je dis aux Togolais d’être optimistes, de rester vigilants  et de prier beaucoup pour ce pays  de sorte que nous puissions avec l’accompagnement de nos amis de l’extérieur, la CEDEAO et tous ceux qui s’intéressent au Togo, on puisse un jour voir le bout du tunnel  pour le bonheur de l’ensemble de la communauté nationale. Ça fait longtemps que nous nous battons et  il me semble que le bout du tunnel n’est plus loin mais c’est à nous de savoir comment marcher pour nous en sortir. Cette dernière étape devient de  plus en plus critique et il faut l’aborder avec beaucoup de hauteur, beaucoup de délicatesse et beaucoup de responsabilité. C’est ça la clé du succès du processus dans lequel nous nous sommes engagés. La responsabilité, l’amour de la patrie et l’esprit du patriotisme doivent pouvoir  guider nos pas. Nos concitoyens sont fatigués d’attendre. Ils attendent depuis qu’il y ait des changements majeurs au Togo. Cet empressement est également un facteur d’échec que nous ne savons pas gérer. Tous ces courants qui viennent pour nous pousser, pour nous hâter donc il faut gérer cette situation avec doigtée  et beaucoup de responsabilité.

Monsieur le Président, merci.

C’est plutôt moi qui vous remercie.

 

Interview réalisée par la Rédaction