L’opposition togolaise ne faiblit pas. Ils étaient   près de 600 à 700 mille togolais à prendre d’assaut les rues de Lomé ce samedi 1er décembre. Que ce soit à Sokodé, Tchamba,  Atakpamé, Kpalimé, Dapaong et Bassar, les populations sont massivement sorties pour exiger l’arrêt du processus électoral,  le respect de la feuille de route de la CEDEAO et la libération des détenus politiques. L’opposition  estime à plus de 2 millions, les Togolais sorties sur l’ensemble du territoire. Elle lance dans la foulée une journée « Togo mort » le mardi 4 décembre qui coïncide avec le démarrage de la campagne électorale.

Le déluge humain a eu lieu ce samedi 1er décembre 2018  à Lomé. Ils étaient plusieurs milliers de personnes   à répondre à l’appel de la coalition des 14 partis de l’opposition pour ce deuxième jour de manifestation. Une foule des grands jours qui est sortie pour dire stop au régime cinquantenaire des Gnassingbé. « Il faut que ce régime tire sa révérence. C’est parce que nous sommes dans un pays atypique  sinon sous d’autres cieux,  on ne peut pas atteindre une telle masse avant que le printemps de la république ne prenne ses responsabilités. L’heure est arrivée ici et maintenant, ils doivent tirer les conclusions qui s’imposent. Le peuple togolais en a marre. On ne peut pas supporter ce régime durant 100 ans. La marche ne réclame pas autre chose si ce n’est le départ de Faure Gnassingbé. Le peuple  en a marre, ça ne s’entend pas ? Ça ne s’écoute pas ? C’est un message de détresse après plus de 50 ans de souffrance. »,  s’est indigné Ouro-Djikpa Tchatikpi, conseiller du président national du Parti National Panafricain (PNP).

Pour  sa part,  la  coordinatrice de la coalition des 14 partis de l’opposition, Brigitte ADJAMAGBO dit être  comblée et trouve extraordinaire cette nouvelle mobilisation du peuple togolais. « Les Togolais sont sortis nombreux pour dire qu’ils n’acceptent pas ce qui ce passe. Ils veulent  des réformes, des élections transparentes. Ils veulent pouvoir exercer leur droit constitutionnel et de manifester librement. Nous, nous manifesterons notre mécontentement de manière légale. Nous ne craignons rien. Aucun subterfuge, aucune épreuve de force, aucun coup de force ne peut venir à bout d’un peuple déterminé. Je suis convaincue que la CEDEAO observe ce qui se passe et le moment venu la CEDEAO prendra ses responsabilités. Je ne peux pas imaginer un seul instant que la CEDEAO s’apprête à endosser la responsabilité d’un chaos au Togo. Ce n’est pas possible. » a-t-elle déclaré.

Dans cette ambiance, la C14 lance le mardi décembre une journée Togo mort. Une journée qui coïncide avec le début de la campagne électorale des législatives du 20 décembre. « Ce sera une journée Togo mort sur toute l’étendue du territoire. Même les mouches ne vont pas voler.»,  a poursuivi  Brigitte Adjamagbo.

Pour Jean Pierre Fabre, c’est impossible d’« organiser des élections dans le contexte actuel où  une grande majorité de la population contexte l’organisation unilatérale. C’est pour cela que les manifestations vont se poursuivre sous  toutes les formes légales.» a annoncé Jean Pierre Fabre, chef de file de l’opposition.

Sur la situation de la révision constitutionnelle qui a prévalu dans la semaine,  Jean Kissi, député du Comité d’action pour le renouveau (CAR) explique : « il (président de l’assemblée nationale) nous a fait une proposition verbale et on a dit que sur un texte de révision constitutionnelle, on ne peut pas accepter de travailler sur une proposition verbale. Ça n’a jamais été fait et on s’est séparé en queue de poisson. On ne sait pas comment et par quelle manière ils se sont rassemblés eux-mêmes  à l’assemblée le vendredi, sur quel texte,  nous ne savons pas. Alors ils étaient allés à l’assemblée, les moyens de communication qu’on utilise, ils ne l’ont pas fait. Ils devraient avertir au moins la présidente du groupe parlementaire ANC, qui doit se prononcer à la fin de l’étude. Ce qu’ils font d’habitude, cette fois-ci,  ils ne l’ont pas fait. Ça veut dire qu’en fait, ils se sont retrouvés  en catimini à l’assemblée nationale eux-mêmes pour avoir les 2/3, pour envoyer leur texte au référendum. Mais mal leur a pris, parce que eux-mêmes, les députés UNIR  qui sont en fronde ne sont pas venus. Même nous avons eu, nous, le texte qu’ils ont envoyé par whatsapp et ce sont même des députés Unir qui sont présents  qui nous ont balancé le texte. Ce n’est ni le texte de la CEDEAO, ni leur texte à eux mêmes. Donc c’est encore un coup de force qu’ils essayent d’organiser  et cette fois-ci, ce sont  des députés UNIR mêmes qui ont mis en mal le coup de force. Vous vous souvenez qu’en deux fois, en 2014, les 62 ont voté en bloc les instructions de UNIR. En septembre 2017, les 62 ont voté en bloc le texte que UNIR avait envoyé à l’assemblée. Comment se fait-il que cette fois-ci, un parti dictatorial aussi organisé n’est pas arrivé à avoir ses 62 députés à l’assemblée pour voter ? Allez leur demander. S’ils vous disent que c’est l’opposition qui n’est pas venue, où sont partis le reste de leurs députés ? Allez leur demander.

Il est à noter que le régime interdit les manifestations de l’opposition durant la campagne électorale, ce que cette dernière ne veut pas entendre de ses oreilles étant donné qu’aucune loi ne l’interdit.

   Eyram Akakpo