Depuis que le processus électoral a été  lancé,  deux tendances commencent à s’affronter au sein de la classe politique togolaise. En effet, l’une des tendances pense  que le boycott serait un choix suicidaire pour l’opposition. Cette tendance a regretté la non participation d’une partie de l’opposition aux élections législatives de 2018. Aujourd’hui, il faut se rendre compte que l’Assemblée nationale n’est composée en majorité que des députés du parti au pouvoir. Les autres députés ne sont que des députés par défaut de ceux de vrais partis d’opposition.

La seconde tendance opte pour le boycott. Elle  justifie son  choix par la non matérialisation des réformes. Les tenants de ce bord estiment que les institutions intervenant dans le processus électoral sont inféodées au pouvoir.

Finalement  l’élection a eu lieu ce 22 février 2020. Dans ce processus transparaît le côté spirituel de part et d’autre. Tout le monde commence à se dire que Dieu agira en sa faveur. Le candidat unique choisi par l’Archevêque émérite Philippe Fanoko Kpodzro, Dr Agbéyomé Kodjo vient bouleverser l’environnement politique. Du côté de l’opposition traditionnelle des gens maugréent et vocifèrent contre ce prélat parce qu’ils n’ont pas pu bénéficier de l’onction de l’homme de Dieu. D’autre part, le parti UNIR ne voyait pas venir Dr Agbeyomé Kodjo perturber son pronostic. Ce parti croyait que comme d’habitude, il aurait encore à faire à ses opposants fabriqués dont Jean-Pierre  Fabre de l’ANC afin de perpétuer son règne. Il est surpris par le phénomène Agbéyomé qui a embrigadé la majorité des Togolais toutes tendances confondues dont les anciens barons et officiers de l’armée togolaise qui pensent qu’avec le règne de cet ancien baron du régime désormais reconverti, ils auront la paix du cœur : une alternance politique apaisée. Durant toute la campagne électorale, Dr Agbéyomé Kodjo n’a constitué que la seule bête noire du régime, surtout qu’il commence à gagner l’estime du précarré français, car il ne faut pas se méprendre sur l’ingérence de la France dans la politique africaine. Certains disent que c’est l’Elysée qui choisit le président dans ses anciennes colonies. Une triste réalité qui devient de plus en plus probante. C’est la raison pour laquelle certains observateurs pensent que la France est prête pour changer les Gnassingbé par un autre ami de la France. Mais aujourd’hui, le pronostic est déjoué dans le silence total de la France. Le suffrage proclamé par la CENI va en faveur de Faure Gnassingbé avec plus de 72 % des voix des  suffrages exprimés selon la CENI. Evidemment l’opposition incarnée par Agbéyomé Kodjo conteste les chiffres puisqu’il estime avoir gagné avec plus de 57 %. Si les observateurs de l’Union Africaine et de la Communauté Economique de l’Afrique de l’Ouest jugent le scrutin de transparent et appelle les candidats à respecter le résultat proclamé par la CENI, et à passer par des voies légales s’ils estiment que les résultats sont faux, les Etats-Unis d’Amérique relèvent de graves irrégularités dans la compilation des résultats et pensent que ces résultats ne reflètent pas les aspirations du peuple qui aspire à l’alternance politique. Qui plus est les Etats Unis d’Amérique demandent à la CENI de recompter les voix bureau de vote par bureau de vote. Une proposition que rejette catégoriquement le gouvernement togolais qui évoque que le code électoral ne prévoit pas cette disposition. Ceci pour dire que les résultats proclamés sur le plan  national sont une imagination pure de l’esprit et non basés sur le cumul ou la somme de ceux obtenus dans les bureaux de vote. Dans cette ambiance post- électorale délétère pleine de suspicion la dynamique de Mgr Kpodzro qui a mandaté le candidat Agbéyomé Kodjo a appelé à  une gigantesque marche le 28 fevrier 2020.  Comme toujours le pouvoir monarchique des Gnassingbé a recouru aux anciennes méthodes à savoir la répression sanglante. Si le parti au pouvoir estime avoir la confiance de la majorité des Togolais à travers le chiffre proclamé par la CENI,  pourquoi  s’obstine t-il à réprimer une marche pacifique de la minorité?  Tout porte à croire que le cycle infernal semble reprendre de plus bel. La réaction de l’ancien secrétaire d’Etat aux affaires africaines, reconnaissant la victoire de Agbéyomé Kodjo a balayé du revers de  main la victoire tronquée de Faure Gnassingbé qui a recours à un ballet diplomatique à l’étranger pour défendre l’indéfendable. Une forte délégation de l’UNIR transportée au Quai d’Orsay témoigne de la fébrilité du pouvoir de Faure Gnassingbé. Comment la France va-t-elle s’y prendre pour gérer cette crise togolaise ?  En tout cas, quoi qu’on dise, le cas togolais est une arête dans la gorge de la France voire de la CEDEAO et de l’UA. Cette énième élection pleine de suspens conduit inexorablement vers une solution négociée, s’il faut tenir compte des avis des uns et des autres : la nécessité d’une transition pour mettre en place des institutions fortes en vue d’une prochaine élection dont les conditions ne seront pas sujettes à caution. Des gens pensent à une élection organisée par l’ONU comme en 1958. Une contrainte que le pouvoir monarchique des Gnassingbé ne peut pas refusée,  vu la dénonciation du faux résultat parce qu’il est acculé, concluent d’autres avisés de la politique togolaise. Pour l’instant, le suspens et la confusion demeurent.

Anges ADJANOR