Décidément Faure Gnassingbé est résolu à imposer aux Togolais comme son père, un règne à vie. Et pour ce faire, tous  les moyens sont bons, l’essentiel  est  le résultat, même si les têtes d’un, de deux, trois, voire quatre millions de Togolais doivent tomber, il s’en fout. Pour atteindre son objectif, celui d’un règne  ad vitam aeternam,  il  ne jure que par l’armée qu’il ne cesse de tailler sur mesure comme si les corps habillés étaient des animaux qu’il faut abattre à la bergerie. Le dernier cas en date est l’assassinat dans la nuit du 03 au 04 Mai 2020 du Colonel  Bitala MADJOULBA, Chef Corps du 1er Bataillon d’intervention rapide (BIR).

En effet, nombreux sont-ils ces Togolais qui ont soif de l’alternance mais qui n’ont pas eu et n’auront probablement pas la chance de la vivre sur les presque  trois générations que durent déjà le règne sans partage de la famille Gnassingbé sur le peuple togolais.  Des sondages Afro-baromètre en disent long. Plus de 85 % des Togolais réclament désespérément cette alternance. Une petite  minorité de civils et quelques officiers supérieurs ont mis la main les richesses du pays et se la coulent douce. Ils vivent dans une opulence indescriptible. Faure Gnassingbé lui-même en est conscient et l’a avoué publiquement dans un discours. Et ayant pris goût aux délices du pouvoir, il  s’est résolu à rester au pouvoir ad vitam aeternam.  Des faits et gestes témoignent de cette volonté de Faure Gnassingbé et de sa bande pilleuse. 

Décryptage:

A sa prise de pouvoir en 2005 dans le sang, Faure Gnassingbé disait que  son papa leur (ndlr: lui et ses frères) avait dit de ne jamais laisser le pouvoir les échapper car il leur sera difficile de le retrouver. 

Il a gardé jalousement ce conseil et l’a inscrit en lettres d’or sur ses chromosomes. A sa prise de pouvoir avec près d’un millier de morts à  son actif, Faure Gnassingbé a fait semblant de se mettre sur un chemin de la démocratie en organisant un pseudo dialogue politique en 2006 dont les conclusions sont foulées au pied.  Et dans les coulisses, il avait  promis à certains dirigeants de la sous-région  ouest africaine  qui n’étaient pas du tout d’accord sur les conditions de son arrivée au pouvoir, qu’il ne ferait qu’un seul mandat. Ce  mandat n’avait même pris fin que patatra, il orchestra une attaque au domicile de son demi-frère Kpatcha Gnassingbé  qu’il accusa de fomenter un coup d’état contre lui. Son demi-frère fut donc emprisonné en 2009 avant la fin de son premier mandat. En 2010,  il avait donc les coudées franches pour aller à un deuxième mandat qui obtint  sans gène.  Très vite, ce second mandat tirait à sa fin. Et la boulimie  du pouvoir s’empara du prince. Craignant des velléités  de soulèvements populaires, il déclara à qui voudra l’entendre organiser la refondation de l’armée. Mais l’objectif caché d’une telle initiative est la mise à des postes décisionnels ses hommes de mains, mieux des officiers de son ethnie kabye.  Des rencontres  avec ces corps habillés ont été organisées.

 En Juin 2014, Faure Gnassingbé annonçait devant les officiers des forces armées togolaises (FAT), les modalités de refondation de l’institution. Cette refondation consiste en une nouvelle “organisation militaire territoriale” avec la création de deux régions militaires et de gendarmerie, afin d’assurer  officiellement une sécurité de proximité aux populations. Des décrets de nominations fusaient de toute part.

C’est dans le sillage de cette refondation,  deux Bataillons d’Intervention Rapide (BIR) ont été créés dont le premier est dirigé jusqu’au 03 Mai dernier  par celui qu’il convient d’appeler malheureusement feu Col Bitala  MADJOULBA.

Mais l’objectif caché de cette refondation est d’assurer un maillage du territoire par l’armée et la gendarmerie pour mater toute contestation de son pouvoir du prince.  L’armée est ainsi détournée de mission de  sécurisation et défense du territoire contre les potentiels agresseurs du pays.

En 2015, la soif du pouvoir ne s’est toujours pas estompée. Il passe à un troisième mandat.

Et patatra, le 19 Août 2017, Tikpi Atchadam du Parti national panafricain (PNP) sort sa stratégie de lutte. Mécontent de la façon dont son pouvoir était ébranlé, Faure Gnassingbé a commencé par déverser sa bile sur les cadres de l’armée.  Sous-officiers, Officiers et Officiers Supérieurs des ethnies autres que kabye sont dans le viseur de Faure Gnassingbé.

Des mutations des officiers kotokoli (ethnie de Tikpi Atchadam) sont intervenues dans plusieurs camps. Il en est de même pour ceux issus du sud notamment (Yoto, Vo, Lacs etc, préfectures dans lesquelles Faure a beaucoup d’opposants), bref  les  Ouatchi et Guin.  A cette liste s’ajoutent quelques officiers Bassar qu’il est en train de mettre au garage.

En définitive, Faure Gnassingbé ne fait confiance qu’aux officiers de son ethnie et crée une armée dans l’armée.  

Et tous les coups sont les bienvenus pour faire croire à l’opinion nationale et internationale qu’ils sont les seuls capables d’être aux postes de commandement. En témoigne, le remplacement du Lieutenant-Colonel OKPAOUL par AMANA à la tête de la Force anti-pandémie du COVID-19.  Et  le plus choquant  des remplacements est celui de feu Colonel Bitala MADJOULBA (un Losso) remplacé à son poste par un kabye,  le Colonel  Tchangani ATAFEI, 24 heures seulement après son assassinat.  

La précipitation avec laquelle Faure Gnassingbé a pourvu, par décret, au remplacement de cet Officier sans recourir à un intérim  «renforce la thèse d’un complot », à en croire Gerry Taama, président du parti NET.   

 Des  indiscrétions  sur la mort de ce Colonel font état de celui qu’il était présent le 03 Mai dernier  à la cérémonie de prestation de serment de Faure Gnassingbé (pour un 4e mandat) mais qu’il aurait refusé de lui remettre les couleurs (le drapeau national). Faure Gnassingbé s’est-il vengé de la témérité d’un Colonel de son armée? Lui qu'on connâit en tant qu'un président aux apparences humanistes mais très mesquin et très rancunier?.

L’enquête en cours nous le dira. Seul hic, la commission d’enquête mise en place par le gouvernement est dirigée par le Général Yark, un ministre titulaire d’un doctorat en mensonges d’Etat. La vérité peut-elle émerger de cette commission?

 C’est le wait and see. Pour l'heure les Ministres Bawara et Bataka sont à Niamtougou (ville natale du Colonel  Badjoulba) pour étouffer les manifestations des populations de cette ville qui réclament la dépouille mortelle de leur fils. Selon nos informations, ces deux ministres distribuent trente mille fcfa aux chefs traditionnels et trois mille aux jeunes afin de mettre fin aux velléités de soulèvement. 

Voilà donc comment Faure Gnassingbé continue la purge et la clanisation d’une armée qui est tout sauf républicaine, avec pour objectif conserver son pouvoir à vie.