Depuis la mise en place de la Haute Autorité de prévention et la lutte contre la Corruption et les Infractions Assimilées (HAPLUCIA), les Togolais ont tendance à croire que cette institution n’atteindra pas ses objectifs. Certains pensent à une commission de plus. Et les inquiétudes des uns et des autres risquent de leur donner raison. Or au Togo, le détournement des ressources rares des priorités fondamentales de développement du pays – éducation, santé, sécurité alimentaire vers des utilisations non prioritaires, parfois économiquement absurdes, vers des dépenses militaires excessives, voire vers l’enrichissement personnel des décideurs, peut être assimilé à une véritable violation des droits de l’Homme.

La transparence dans la gestion des affaires publiques n’est pas un nouveau thème à la mode. C’est d’abord une exigence légitime de la démocratie : la population togolaise a le droit de savoir comment les décisions la concernant sont prises, par qui et dans quelles conditions, comment les ressources publiques sont gérées, par qui et pour quoi faire. La transparence est ensuite garantie de bonne gestion car la mauvaise gestion fuit la lumière et préfère l’opacité et, de ce fait, constitue une condition essentielle au développement économique et social.

Transparence, bonne gestion, développement: nous voilà donc déjà arrivés au développement, c’est-à-dire au mieux être humain, qui finalement est notre objectif fondamental, le reste étant les moyens.

La promotion de la bonne gestion implique une lutte déterminée contre la corruption. On peut se demander quelles sont les principales motivations de la lutte contre la corruption. Pour certains, en particulier le monde des affaires, l’engagement est déterminé par le souci de voir disparaître les distorsions de la concurrence que provoque la corruption et qui perturbent le fonctionnement des marchés. Leur motivation est essentiellement économique.

Pour d’autres, c’est une motivation éthique qui les anime: il faut extirper le « cancer de la corruption » qui détruit moralement les fondements de notre société.

Et finalement, il y a ceux, comme moi-même, qui ont l’expérience du développement et de la coopération au développement et qui sont convaincus, au gré d’une longue observation, que la mauvaise gestion, le gaspillage et la corruption constituent l’un des plus grands obstacles au développement. En effet, plus les ressources sont rares- c’est le cas des pays en voie de développement, plus il est essentiel qu’elles soient en priorité affectées aux vrais besoins économiques et sociaux de la population. Le détournement de la ressource rare des priorités fondamentales du développement- éducation, santé, sécurité alimentaire vers des utilisations non prioritaires, parfois économiques absurdes, vers des dépenses militaires excessives, voire vers l’enrichissement personnel des décideurs, peut être assimilé à une véritable violation des droits de l’homme économique et sociaux.

La lutte contre la corruption est donc une lutte pour le développement du Togo. Promouvoir la bonne gestion devient aussi un élément essentiel de la coopération au développement.

Pour que la HAPLUCIA atteigne ses objectifs, il faut d’abord que le gouvernement de Faure Gnassingbé, qui gère les ressources rares en fonction des vrais besoins de la population doit être fondamentalement démocratique ; car la bonne gestion est le vrai test de la démocratie.

Ensuite, les élites politiques, judiciaires, intellectuelles (surtout éducateurs, professeurs) doivent être des références des modèles d’intégrité. Il n’existe pas de société qui échappe au fléau de la corruption alors que ses  dirigeants sont corrompus. Plus qu’ailleurs, au Togo, on tourne les regards vers le Chef ! Ces élites doivent avoir la volonté de s’attaquer  au problème de corruption et le montrer concrètement. Pas plus que la démocratie, la bonne gestion ne doit devenir un nouveau slogan, une belle façade pour plaire aux bailleurs de fonds.

Pour cela, il faut commencer par sensibiliser l’opinion, par faire prendre conscience aux décideurs et à la population des effets dévastateurs de la mauvaise gestion (débats publics, colloques). Et c’est ce que la HAPLUCIA est en train de faire. La société civile crédible doit participer à cette sensibilisation.

Mais avant tout, le rôle de la presse togolaise indépendante est également essentiel. Son professionnalisme, notamment la formation du journalisme d’investigation, mérite encouragement et soutien. L’indépendance de l’appareil judiciaire paraît capitale. Le nombre de procès engagés est un bon indicateur de la détermination de lutter contre la corruption, tout comme la sévérité des condamnations. Tel n’est pas encore malheureusement le cas au Togo.

Alors doit-on affirmer, d’ors et déjà, que les inquiétudes des Togolais par rapport à l’inefficacité de la HAPLUCCIA sont légitimes? Les gros poissons ne risquent pas t-ils d’échapper aux mailles du filer de la HAPLUCIA, quand on ne sent pas encore la bonne volonté du gouvernement à s’attaquer véritablement au problème de la corruption de le montrer concrètement ?