Beaucoup d’analystes s’intéressent à la situation politique de l’Afrique et à ce qui empêche la démocratie d’advenir. Alors que certains imputent la responsabilité aux dictateurs et leurs complices, d’autres expliquent la situation politique africaine par la structure sociale du continent, caractérisée par une absence de société civile. M. Dwayne Woods, Maître assistant en sciences politiques à l’Université Purdue de la Fayette, Indiana (Etats Unis) dans une interview accordée au bulletin Afrique-Etats-Unis nous dit ce qu’il entend par société civile, ce qui la caractérise, son rôle dans une démocratie.

« C’est une société composée de différents groupes d’associations discrets  du domaine privé et public; il s’agit d’un espace social où des groupes et des individus définissent ce que la société devrait être, dans certains cas, par rapport à l’Etat mais aussi par rapport à la famille. Il s’agit donc une entité relativement indépendante de l’Etat et de la famille. Les limites entre l’un et l’autre ne sont jamais claires car il existe toujours une certaine interaction entre les deux. Ainsi, la société civile dans les formes qu’elle prend en Europe occidentale limite les pouvoirs de l’Etat, qui ne peut pas intervenir de façon arbitraire parce que les groupes sociaux et individus jouissent de certains droits fondamentaux. «C’est ce champ que représente la société civile ».

L’aspect le plus important qui mérite d’être souligné est comment une société devient civile. C’est-à-dire comment une société formée de différents groupes ethniques, économiques et raciaux parvient à une forme de modus vivendi formé sur un minimum de coopérations et quels mécanismes elle a réussi à mettre en place? Dans le contexte africain, quels sont les mécanismes susceptibles de contribuer à cette évolution ? »

Lany Diamondo, pour sa part, a tenté d’identifier les fonctions de la société civile. La fonction première et tout à fait fondamentale de la société civile selon lui, est de fournir les bases permettant aux citoyens de limiter le pouvoir de l’Etat et par voie de conséquence, les bases d’institutions politiques démocratiques. Cette fonction a deux dimensions: surveiller et restreindre l’exercice du pouvoir dans les Etats démocratiques et démocratiser les Etats autoritaires. La mobilisation de la société civile constitue un moyen efficace de mettre au ban les abus, de saper la légitimité des régimes non démocratiques.

La société civile est aussi un instrument vital pour contenir le pouvoir des gouvernements démocratiques en les empêchant de commettre d’éventuels abus et de violer la loi, et en les plaçant sous le regard  critique de l’opinion publique. De fait l’existence d’une société civile dynamique est probablement plus déterminante au stade de la consolidation et du maintien de la démocratie que de sa mise en place.

Rien n’est plus préjudiciable à la légitimité des nouvelles démocraties que la corruption politique affichée et généralisée, notamment pendant les périodes de rigueur économique qui imposent d’immenses sacrifices à une forte majorité de la population. Les nouvelles démocraties, qui ont subi pendant l’arbitraire de l’Etat, ne possèdent pas le cadre administratif et légal leur permettrait d’indiquer dès le départ les corruptions. En l’absence d’une presse libre vigoureuse et inquisitrice et d’associations de citoyens qui réclament  des réformes institutionnelles, la corruption risque fort de se développer.

Deuxième fonction: une vie associative riche complète le rôle des partis en stimulant les participations à la vie politique, en accroissant l’efficacité des citoyens et en encourageant une appréciation de leurs obligations et de leurs droits.

Au Togo, peut-on avoir une société civile après les élections locales, lorsqu’on sait que la réussite de ces échéances électorales devrait en principe lever les vannes financières dans les communes pour le développement local? Cette société civile avec les nouveaux conseillers municipaux, peut-elle rassurer les bailleurs de fonds, par rapport à leur indépendance à aider les populations à la base à réaliser des projets pendant les périodes de rigueur économique sans corruption politique ? La question reste posée.

Anges ADJANOR