Le Togo parcoure un moment crucial de son histoire. Tous les indicatifs économiques sont au rouge mais officiellement les dirigeants disent le contraire. Des détournements de deniers publics par ici, des malversations financières, des cas de corruption, par-là, voilà quelques-uns des maux qui gangrènent l’administration togolaise (y compris le secteur économique) confrontée à la mauvaise gestion des ressources financières et humaines. Le népotisme, le régionalisme, l’ethnicisme, le militantisme au parti du pouvoir et à ses alliés déterminent les critères de choix dans le recrutement dans l’administration, et de surcroit dans la nomination des Directeurs de Cabinet, des Directeurs de Sociétés d’Etat ou des hommes à des postes de responsabilité financière et économique appelés communément des « postes juteux ».

Dans l’état actuel des choses, cette crise économique a des retombées sur le social. Les ménages n’arrivent plus à s’assurer de trois repas par jour. Des élèves en classes de passage partis en congés forcés, rentrent dans la débrouillardise. Ainsi, certains ont rejoint leurs frères laissés pour compte dans le métier précaire de récupération d’objets usagers en l’occurrence des objets en fer, en plastique ou en aluminium. Ils passent de maison en maison pour récupérer d’une manière peu orthodoxe des récipients de cuisine ou autres objets en aluminium ou plastique. Parfois, ils les escamotent. Une reconversion sociale momentanée plutôt dangereuse.

Tout se passe comme si la société togolaise  n’a plus de repère. Et tout cela est dû à la crise économique caractérisée par les malversations financières, même si la crise sanitaire y contribue. S’il y a réellement une répartition équitable des ressources dans ce pays, les Togolais ressentiront moins les conséquences de cette crise mondiale. Lorsque les gouvernants participent aux détournements de fonds par leur complicité notoire, parce que les auteurs se trouvent être dans le pouvoir ou leurs proches dans le système, il n’est pas aisé que le Togo se porte mieux sur le plan économique.

Le premier magistrat qui n’est autre que le Président de la République reste silencieux sur ces révélations des cas de détournements et de flux financiers. Ce qui paraît paradoxal, c’est le silence des Togolais. Ailleurs, des réactions d’indignation à travers des marches de protestations auraient déjà commencé. Mais le peuple togolais, terrorisé par la hargne des forces de l’ordre, affaibli par une longue lutte sans résultat, se tait et regarde, sans broncher, l’hémorragie financière et l’exploitation frauduleuse des ressources du pays dont les étrangers sont devenus les seuls propriétaires et bénéficiaires.   

            Ainsi, le pays va à vau-l’eau, sans que personne n’intervienne pour lui porter secours. Un peuple opprimé laissé à son triste sort parce que, tout simplement, il se complait involontairement de cette situation politico économique sociale. Maintenant que le Coronavirus, la pandémie qui envahit toute la terre, se greffe sur la crise économique, les Togolais sont au bord du chao, c’est-à-dire, à bout de souffle. Et l’on se demande s’il y a encore un capitaine à bord. Faure Gnassingbé est porté disparu et laisse la situation pourrir. Le Togo n’est-il pas vraiment malade de ses dirigeants?

Anges Adjanor