Depuis les élections communales, les maires sont confrontés au problème de ressources financières. Malgré les textes règlementant le budget communal, les conseillers municipaux ont de la peine à disposer de l’argent pour développer leurs communes. Les ministères sectoriels n’ont pas tendance à libérer les choses, mieux à rendre la gestion communale plus facile aux conseillers municipaux.

En effet, la collaboration constante entre les communes et les services déconcentrés de l’Etat (selon la loi) devient difficile.  Or la déconcentration et la décentralisation doivent aller de pair. Au Niger, 1% du budget est octroyé aux collectivités territoriales. Des fonds de péréquation interviennent dans les investissements pour le développement local des communes. Au Togo, la situation est très compliquée pour les mairies talonnées par les besoins prioritaires. En tout cas, les maires ne disposent pas de ressources financières. Le budget communal tardivement réalisé hypothèque l’accès au fonds destiné à la réalisation des projets prioritaires dans les communes. Des taxes créées tout azimut par les conseillers municipaux ne reçoivent pas un écho favorable du côté des habitants déjà terrassés par les effets négatifs de cette crise économique envenimée par la crise sanitaire.

Toujours est-il que les mairies manquent cruellement de l’argent. Des promesses faites par l’Etat à travers ses ministères sectoriels ne rassurent par les maires et leurs collaborateurs qui dénoncent déjà l’attitude mercantile des agents déconcentrés. Par exemple, lorsqu’une organisation non gouvernementale trouve un bailleur de fonds pour la réalisation d’un projet dans une commune, il est remarqué que des agents techniques de l’Etat affectés dans les préfectures pour assister sur le plan technique la réalisation du projet, se transforment en agents privés, qui vendent leur service. Mais, ils sont des fonctionnaires d’Etat. Ces agents véreux veulent coûte que coûte bénéficier des rétro-commissions dans de tel projet qui, au cours de sa réalisation, souffre souvent de la qualité. Conséquence: un travail bâclé se fait. Une situation qui peut porter un coup au développement local. La corruption est en train de gagner vertigineusement les agents déconcentrés au niveau des communes. Ces agents font semblant de devenir des assistants alors que leur rôle est régalien. Dans ce cas, les populations peuvent-elles tirer réellement un profit dans cette politique de la décentralisation et de la déconcentration? Par ailleurs, lorsque la relation entre la société civile et les conseillers municipaux débute dans un climat de suspicion, il est fort probable que la réalisation des projets dans les communes connaitra des difficultés. La culture de servir le peuple cède progressivement sa place à celle de se servir. Et l’espoir tant attendu pour un développement local ne sera qu’un vœu pieux sur la terre de nos aïeux. Déjà les sociétés extractives dans certaines communes lèvent le coin du voile concernant la corruption qui gangrène l’administration préfectorale en complicité avec les conseillers municipaux. Par exemple, à Yoto, dans la région maritime, on parle de détournements de fonds destinés à la construction d’ouvrages d’art dans cette préfecture qui regorge du clinker, matière première intervenant dans la fabrication du ciment (source rapport de la HAPLUCIA). Ainsi la population de ces localités où sont extraites cette ressource minière est laissée pour compte.

En définitive, il y a du flou artistique au niveau de la loi sur la décentralisation. De toutes les façons, le pouvoir central interfère bien aujourd’hui plus qu’autrefois sur la gestion des communes. La recherche et la gestion opaque des ressources financières pour un développement local risque de détruire les communes togolaises. Dans ces conditions confuses, comment les responsables ou conseillers municipaux peuvent-ils élaborer des projets et la programmation, pour la mise en œuvre des Objectifs du Développement Durable (ODD) dont l’appropriation et la mobilisation des ressources par les populations demeurent indispensables pour le développement local?

Une société civile crédible doit redoubler de vigilance et d’ardeurs pour contrôler toute action intervenant dans le développement d’une commune. Une sorte de veille citoyenne dans la transparence dans la gestion des fonds destinés aux projets communaux et communautaires.

Anges ADJANOR