La crise socio-politique et économique du Togo ne cesse de rendre plus misérable le bas-peuple. Ce n’est pas seulement les villes qui sont atteintes de cette misère, mais aussi les villages, qui la ressentent plus durement.

En effet, les jeunes filles des villages originaires  des préfectures de Vo, des Lacs tout précisément  d’Anfoin, de Yoto et autres, devenues prématurément mères de deux ou trois enfants arrivent à Lomé à cause de la précarité de la vie de campagne. Ainsi la pauvreté des sols qui ne produisent plus beaucoup, le manque de moyens pour revaloriser les terres cultivables, bref, l’embarras pécuniaire empêchant ces filles de pouvoir subvenir aux besoins de la petite famille obligent ces jeunes « mamans » à débarquer en ville considérée comme un « eldorado », dans le but de survivre et de subvenir à leurs besoins élémentaires et à ceux de leurs parents laissés au village.

Malheureusement, arrivées à Lomé avec leurs enfants, elles sont confrontées à plusieurs problèmes. D’abord, étrangères dans la capitale et n’ayant pas un parent disponible à les accueillir, elles se logent dans des anciennes maisons d’habitation appelées communément : « cent francs home » situés pour la plus grande partie à Bè Pas de Souza, Ablogamé dans la commune de Golfe 1, à Adawlato, dans la commune du Golfe 4. Elles sont nombreuses à occuper des bidonvilles  et à y dormir avec leurs bagages.

Ensuite, arrive le problème le plus crucial, celui du travail, alors qu’elles n’ont aucune qualification. Néanmoins, certaines deviennent des portefaix du marché d’Adawlato, d’autres par contre font la plonge chez les revendeuses d’aliments pour  pouvoir gagner leur pain quotidien. Autrefois, d’autres carrément sont embauchées par les transporteurs de sable situé derrière l’hôtel de Sarakawa.

Justement, au niveau de la plage où celles, originaires  de Yoto, travaillaient, un spectacle désolant vous y attend.  Munies de leurs bassines, avec leurs bébés au dos, elles remplissaient et amenaient avec peine le sable jusqu’aux voitures-bernes.

Le soir, de retour avec un revenu maigre, certaines étaient contraintes de se livrer aux chauffeurs qui les exploitent sexuellement, au risque de se voir virer.

Leurs maris, restés au village, n’attendent que leur retour pour les enceinter sans savoir qu’ils ont des rivaux en ville.

Il est urgent que les décideurs politiques  se penchent sérieusement sur la situation de ces jeunes « mamans » contraintes à un exode rural, et qui deviennent des prostituées malgré elles. L’Etat a le devoir d’accélérer le processus de décentralisation et surtout de mettre les structures adéquates en faveur des villageois pour parvenir à une revalorisation de la créativité populaire et des terres cultivables. Cela réduirait le flux des jeunes vers la capitale et surtout  les filles exposées dangereusement au virus de SIDA. Que font  le ministère des affaires sociales, les associations pour la défense des droits des femmes dans ce cas? Ces associations sont-elles créées uniquement pour les beaux yeux des bailleurs de fonds. Le GF2D, le REFAMP, WANEP et les associations sœurs sont interpellées.  D’après  nos investigations, certaines de ces associations sont créées par des femmes, sorties du gouvernement. Une opportunité pour elles de s’enrichir dans ces prétendues associations pour la défense des droits des femmes. Nous y reviendrons, surtout sur la gestion des fonds ou aides dans ces associations qui,  semble t-il,  utilisent ces pauvres sœurs dans leur  business, puisqu’en fait, les financements reçus sont parfois  utilisés à d’autres fins?

Anges ADJANOR