Interviews

Les vingt chefs d'Etat et de gouvernement présents au sommet de la Francophonie dimanche à Madagascar ont désigné l'Arménie comme pays hôte du prochain sommet qui aura lieu en 2018.

Ils ont également annoncé que la prochaine Conférence ministérielle de la Francophonie (CMF) se déroulerait en novembre 2017 à Lomé sur proposition des autorités togolaises.

La CMF se réunit chaque année afin d’assurer la continuité politique du sommet. Les Etats et gouvernements membres ou observateurs de l’OIF y sont représentés par leur ministre des Affaires étrangères ou le ministre chargé de la Francophonie.

Cette réunion ne présente que des avantages soutient  Robert Dussey, le chef de la diplomatie togolaise, dans l’entretien qu’il a accordé à notre confrère « Republicoftogo ». Le Togo bénéficiera de retombées diplomatiques, d’une exposition dans les médias étrangers et de davantage de crédibilité auprès des investisseurs. Lisez plutôt cette interview.

Pourquoi le Togo tient-il à accueillir cette session ?  

Robert Dussey: Depuis son adhésion à l’Organisation Internationale de la Francophonie en 1970, le Togo n’a jamais eu le privilège d’accueillir une rencontre importante de cette organisation. C’est donc une première.

 Les thématiques de la rencontre sont-elles déjà fixées ?

Robert Dussey : La 33e session de la CMF portera sur l’économie bleue, qui a un lien intrinsèque avec le sommet extraordinaire de l’Union Africaine sur la sécurité et le développement en Afrique qui s’est tenu en octobre dernier au Togo et qui a consacré la Charte de Lomé. Le gouvernement togolais, en collaboration avec les instances de l’OIF, s’inspirera du contenu  de ce document pour répondre à l’enjeu crucial du développement des Etats membres de l’OIF à travers l’économie bleue.

 Votre pays a-t-il les capacités logistiques pour organiser une telle rencontre ?

Robert Dussey: Bien sûr. Le pays dispose des moyens logistiques, des infrastructures hôtelières et technologiques. En outre, la sécurité des participants est garantie. Regardez comment s’est déroulé le récent sommet de l’UA. Tout a été exemplaire, vraiment une grande réussite.

 Quels bénéfices le Togo pourra-t-il en tirer ?

Robert Dussey: Bénéfices en terme diplomatique et d’image d’abord et confiance des partenaires dans le choix d’investir au Togo.

En Octobre dernier, plusieurs organisations de la société civile togolaise ont organisé des universités sociales à Lomé. Cette rencontre a parmi aux participants de revisiter les problèmes socio-politiques auxquels la société togolaise est confrontée depuis plusieurs décennies. A l’annonce d’une rencontre que le gouvernement planifie pour plancher sur la question  de la décentralisation et des élections locales, notre Rédaction a approché le professeur David Dosseh qui est  le Président du Comité d’organisation desdites universités sociales. Il a passé au crible l’utilité des élections locales, sa conception de la communauté internationale et son implication dans  la crise politique togolaise. Lisez plutôt son interview exclusive.

 

Bonjour  Professeur, Vous avez organisé le mois dernier des universités sociales assorties de recommandations,  que peut – on retenir de ces assises?

Ce que moi je retiens essentiellement, c'est que manifestement il y avait une très grande soif populaire par rapport à l’évènement. Quand on voit la participation de ceux qui étaient au Centre communautaire de Bè durant 48 heures, quand on voit qu’en dépit de la longueur des discussions,  des gens ont participé, des gens ont posé des questions, des gens ont fait des propositions, on se rend compte que ce peuple a vraiment besoin d’espace citoyen, d’espace interactif, d’espace participatif pour venir exprimer ces problèmes et ensemble discuter des solutions.

Parmi  les recommandations, vous avez mis l’accent sur l’organisation des locales, aujourd’hui, le gouvernement semble écouter votre appel, parce qu’il entend organiser une rencontre  sur le sujet le 07 décembre prochain. Croyez-vous à la sincérité des autorités, lorsqu’on sait que plusieurs recommandations de ces genres de rencontre restent encore dans les tiroirs?

Vous l’avez dit vous-même, il y a déjà eu des initiatives semblables dans le passé mais malheureusement on n’a jamais eu gain de cause. Et là, organiser encore des rencontres, cela peut laisser dubitatif. Effectivement,  il semble que dans quelques semaines il y aura encore une rencontre pour parler de la décentralisation et pour parler des élections locales. Et pour nous, ce qui est important, c’est de voir déjà qu’au sein de la population,  les gens commencent à  prendre conscience de l’importance de la décentralisation. La semaine dernière,  j’ai participé à un atelier qui a été organisé par une organisation de la société civile et il y avait de nombreuses femmes qui y  ont participé. J’ai vu comment ces femmes ont pris la parole pour marteler qu’il fallait qu’on puisse arriver aux élections locales. C’est ce qui est important pour nous  au sein de la société civile, c’est que le peuple togolais puisse commencer à se réveiller par rapport à cet enjeu national. Et une fois que le peuple aura compris et aura pris conscience de cet enjeu national,  le gouvernement sera obligé de le suivre. Donc si la rencontre du mois prochain organisée par le gouvernement permet d’aller aux élections locales, ce serait une bonne chose ;  mais si cela ne se fait pas comme vous l’avez dit,  il y a eu des rencontres qui ont accouché d’une souris, et si c’est le cas cette fois-ci, peu importe.  Il  arrivera un moment où le peuple demandera que les élections se fassent et ces élections se feront.

Si le gouvernement continue de gagner  du temps en organisant des ateliers au lieu de fixer la date des élections locales, comment le peuple peut-il réclamer ses droits ?

Je crois qu’il y a plusieurs étapes. La première étape consiste à arriver à une masse critique au sein de la population qui sera informée, qui sera sensibilisée sur la problématique de la décentralisation. Je crois qu’on n’a pas encore atteint ce cap, mais une fois qu’on aura atteint ce cap, je vous assure que vous verrez des réunions se faire, vous verrez des pressions se faire et il peut y avoir des démarches vers l’Assemblée Nationale, il peut y avoir des démarches vers les autorités compétentes. Mais le gouvernement se rendra compte que c’est une nécessité absolue que de répondre à cette sollicitation, que de répondre à cette demande expresse de la population togolaise. Donc je crois nous n’avons pas encore atteint cette masse critique d’information de la population. C’est en train de se faire pas à pas, et ça va arriver au moment venu et nous trouverons certainement le moyen pour inciter le gouvernement à répondre à cette demande.

Comment pouvez-vous confirmer ou infirmer l’existence d’une crise sociopolitique au Togo?

Oui, je crois que c’est évident. Il existe une crise sociale au Togo. La crise existe depuis des décennies. Je discutais il y quelques jours avec un ami qui me disait qu’il serait peut-être important de reconnaitre les difficultés dans lesquelles on se trouve et qu’on puisse partir sur de nouvelles bases. Et il a l’impression que c’est la politique de l’autruche. On a l’impression qu’il n’y a pas de crise  mais dans tous les secteurs, il y a un problème. Donc je crois qu’à un certain moment donné, il faut qu’on s’arrête et la reconnaitre puis partir de là,  sur de nouvelles bases. Changer les règles du jeu, opter pour des règles peut-être un peu plus démocratiques en terme  d’élections, en terme de gouvernance, en terme de nomination etc. Et si on arrive à installer un peu plus de démocratie dans ces domaines, le pays pourra se relever. Sinon, aujourd’hui la crise dure et perdure depuis des décennies.

Professeur, que doit-on comprendre par le terme communauté internationale?

Alors, vous,  vous êtes du corps diplomatique et c’est une question à laquelle vous saurez peut-être donner une meilleure réponse, mais personnellement je fais une distinction entre communauté internationale et opinion internationale. Je me dis que la communauté internationale, c’est parfois  des diplomates qui ont un langage diplomatique et caressent certaines personnes dans le sens du poil et que cette communauté internationale n’a pas toujours la latitude de mettre les points sur les i, de dire des vérités aux gens, d’imposer des règles démocratiques, d’imposer la justice, d’imposer l’équité. Alors que l’opinion internationale, c’est vous et moi. Lorsqu’on voit un dictateur en train d’opprimer son peuple, on peut être touché et en tant que citoyen du monde on a la possibilité d’exprimer cette opinion. Et donc pour moi,  l’opinion internationale est beaucoup plus honnête, beaucoup plus  véridique, alors que la communauté internationale joue parfois au jeu trouble. Mais c’est le jeu diplomatique qui  a ses règles qu’on ne comprend pas mais qu’on est parfois obligé d’accepter.

Selon-vous les divers accords  et conventions signés et/ou ratifiés par le Togo envers la communauté internationale peuvent-ils seuls expliquer les interventions de la communauté internationale au Togo ?

A mon avis non. Il n’y a pas que les accords, il d’autres intérêts qui entrent  en jeu. Le Togo sur le plan géopolitique occupe une place de choix, sur le plan économique nous allons parler de notre port et cela peut susciter beaucoup d’intérêts auprès de certains pays de la communauté internationale. Il semble qu’il y a des minerais au sous-sol togolais. Le sous-sol serait riche et cela fait qu’effectivement la communauté internationale peut parfois tenir compte de tout cela avant de prendre des décisions, avant de poser des actes. Et comme je vous l’avais  dit tantôt,  c’est ça qui différencie l’opinion internationale de la communauté internationale. La communauté internationale regarde ses intérêts avant d’agir alors que l’opinion internationale est beaucoup plus véridique, voit les intérêts du peuple et réagit en fonction des intérêts du peuple.

La communauté internationale au Togo : quels impacts sur la crise? 0u sa non existence?

Je ne sais pas ! La crise perdure et on peut donc penser valablement que la communauté internationale n’arrive pas à peser de tout son poids pour permettre sa résolution. Je me souviens depuis les dernières élections législatives,  on nous a dit que le G5 (Note de la rédaction : G5, groupe formé du PNUD, de l’Union européenne, des Etats-Unis, l’Allemagne et la France) a donné une certaine garantie. C’est que juste après les élections législatives, les élections locales allaient suivre. On a eu les élections présidentielles et jusqu’ici on se demande si ce groupe des 5 a un réel pouvoir décisionnel. Quel est l’impact, quel est le poids de la communauté internationale, on ne comprend plus grand-chose à ces jeux. Voilà !

Comment pensez-vous aborder ou suivre la question des élections locales  en tant qu’acteur de la société  civile? 

Il est important qu’on arrive aux élections locales. Il faudra d’abord qu’on accepte le principe de l’organisation des élections locales mais également dans l’organisation, il faut que la société civile puisse peser de tout son poids pour qu’on puisse améliorer les règles du jeu; pour que, si on va à des élections locales, qu’elles puissent se passer dans la transparence totale et revoir les problèmes du fichier électoral etc. En tant que membre de la société civile, nous sommes en train de nous organiser, de discuter avec d’autres amis de la société civile pour voir quelles sont les différentes stratégies que nous pouvons déployer pour que la population puisse être informée et sensibilisée et ensuite pour que les autorités puissent comprendre la nécessité d’organiser enfin les élections locales au Togo mais dans des conditions de transparence irréprochables.

Ces locales sont-elles  importantes  pour  la société civile?

C’est important, puisque vous savez, ça permet aux citoyens d’être plus proches pour les décisions dans leur  communauté. Quand vous avez un maire élu, si vous avez des conseillers municipaux qui viennent avec un programme, avec un plan d’activités qui touche la communauté, vous avez beaucoup plus de facilité  de suivre cette équipe qui est mise en place par des élections pour voir si les éléments qui ont été inscrits dans le programme ont été respectés. Et d’être plus proches des conseillers municipaux pour discuter et ça leur  permet d’assurer le contrôle citoyen des actions publiques alors qu’avec les délégations spéciales, ce n’est pas du tout le cas. Pour le citoyen, il est vraiment primordial pour permettre le développement de la vie communautaire, pour permettre le contrôle de la gestion des affaires publiques. Ça permet vraiment d’avoir des interlocuteurs fiables avec qui discuter et avec qui évoluer progressivement vers  le développement des communautés.

Eu égard aux avantages et inconvénients des précédentes implications de la CEDEAO dans cette crise, pensez-vous que la communauté internationale doit continuer  ces interventions au Togo?  Surtout  pour les élections à venir notamment les locales ?

Oui, je crois que c’est quand même toujours important. Même si on estime que la communauté internationale ne joue pas véritablement son rôle,  on ne peut pas la mettre en marge. Faut qu’elle intervienne dans le jeu, c’est un jeu démocratique de discussions et de négociations et la communauté internationale doit jouer son rôle mais la société civile aussi doit jouer le sien. Si chacun se met à jouer sa partition, je crois qu’il est inévitable que nous parvenions à ce que nous voulons.

Votre mot de la fin

Mon mot de la fin, c’est que moi j’ai foi en mon pays, et que je crois que les choses vont changer qu’on le veuille ou pas. C’est inévitable, c’est la volonté du peuple. Et je crois que nous allons nous lever à nouveau pour exiger d’abord les élections locales, la décentralisation puis  la démocratie. J’ai vraiment foi que l’avenir finira  par nous sourire.

Professeur merci pour votre   diligence

C’est  plutôt moi  qui  vous remercie.

Interview réalisée par David Ricardo et Helmut Pinto 

Dans un entretien réalisé par Radio France Internationale (RFI), le Ministre togolais des Affaires Etrangères, de la Coopération et de l’Intégration africaine, le Professeur Robert DUSSEY s'est exprimé sur l’extrémisme, la piraterie maritime dans le Golfe de Guinée. Evidemment, il a été questionné à  propos de l’inévitable du  prochain Sommet de l’Union Africaine sur la Sécurité et la sûreté Maritimes et le développement  prévu à Lomé en Octobre. « Nous n’avons pas de courant extrémiste au Togo »  a t-il déclaré à l’occasion de son passage à Paris ce 20 septembre 2016.

A moins d'un mois de l'important sommet extraordinaire de l’Union africaine sur la sécurité maritime, le Chef de la Diplomatie togolaise Robert Dussey est revenu sur les défis du Togo et des autres pays du continent face à la menace terroriste terrestre ou maritime.

« Nous pensons que la menace terroriste touche tous les pays, mais l’essentiel pour nous est de continuer à rassurer la population. Nos forces de sécurité travaillent et veillent sur la paix et la sécurité de toutes les Togolaises et tous les Togolais. »

 

A la faveur du Sommet Extraordinaire des Chefs d’Etats et de gouvernements de  l’Union Africaine  sur la sureté, la  sécurité maritime et le développement en Afrique  qui se tiendra du 10 au 15 octobre prochains  dans la capitale togolaise, l’homme politique Eric KPADE, ancien 1er  Vice-président de l’Assemblée nationale  et cadre du  parti UNIR  se confie à notre rédaction à travers une interview sur les réels enjeux et les retombées de cette rencontre internationale  pour le Togo. Il affirme que les dirigeants africains vont pouvoir trouver lors de ce sommet  un terrain d’entente en ce qui concerne la prévention de la piraterie. Lisez plutôt. 

La rédaction : Bonjour Mr Eric KPADE !

Eric KPADE: Bonjour !

La rédaction: Pourquoi un sommet sur la sécurité maritime et quels intérêts pour le Togo ?

 Eric KPADE : Je vous remercie sincèrement de me donner l’opportunité de sortir  la tête de ma tanière pour me prononcer sur ce sujet capital et profiter par la même occasion pour vous dire merci à vous les journalistes en général  qui vous battez pour informer l’opinion.

 Le Togo, occupé par ses engagements de développement au profit de ses citoyens, s’est éloigné un peu de ce qui faisait son honneur sur le plan international et diplomatique. Aujourd’hui l’opportunité a été donnée au Togo de poursuivre le travail qui a été fait au Cameroun en juin 2013 sur la sécurité maritime. Il faut relever  que la superficie de la terre est occupée à plus de 2/3 par les océans et que dans le commerce international,  le pourcentage des trafics maritimes  est plus  élevé par rapport aux trafics aériens et  terrestres notamment.

En effet, c’est une urgence et une nécessité pour nos pays d’assurer la sécurité des personnes et des biens, eu égard au contexte d’insécurité  dans le Golfe d’Aden, et plus récemment sur nos côtes dans le Golfe de Guinée. La piraterie est née subitement et se renforce sur nos côtes. A un moment donné,  on  croisait les bras face à certaines situations comme si cela ne nous concernait pas. Au fur et à mesure que les années passent, on se rend compte qu’aucun Etat n’est à l’abri de la piraterie. Personnellement, ce Sommet Extraordinaire de l’Union  Africaine  sur la sûreté  et  la sécurité maritimes et le développement en Afrique, est capital d’autant plus que, non seulement il nous permet d’interpeller les Etats, les gouvernements ainsi que les leaders du monde économique  à définir une feuille de route sur la sécurité maritime en Afrique à travers la Charte de Lomé.

La rédaction: Quels impacts ce sommet peut-il avoir sur les économies africaines?

Eric KPADE : Lorsqu’un navire ou un bateau quitte  l’Europe, l’Amérique ou l’Asie en direction de notre continent africain, il  est nécessaire que ce navire puisse parvenir à bon port ! Au-delà de ceci, la sécurité dans nos différentes eaux nous permettra de préserver également nos ressources aquatiques. En laissant quiconque en avoir accès sans un contrat et ne pas protéger ce qui nous appartient, et bien ce sont les pirates, les bandits de grands chemins qui vont s’en approprier et nos populations vont  demeurer dans la précarité. Dans ces conditions,  vous comprenez que  c’est un sujet de taille quand on pense  aussi au profit que la jeunesse togolaise pourra tirer de cette période courte, où l’hôtellerie va fonctionner,  des relations entre personnes se tisseront qui dans un ou deux ans peuvent aboutir à  des contrats d’affaires. Sans cette occasion de ce Sommet, on n’aura pas toutes  ces opportunités.  Voila pourquoi j’apprécie à plus d’un titre ce sommet qui aura lieu  dans les prochains  jours dans notre pays.

 

La rédaction: Il y a certains Togolais qui se  trouvent dans  des hôpitaux qui manquent de lits, de scanners etc… et trouvent inopportun l’organisation de ce Sommet.  Qu’en dites-vous ?

 

 C’est parfois réelles  toutes ces préoccupations, cependant  quand vous jetez un regard sur les réformes que le Chef de l’Etat entreprend  au Togo depuis qu’il est arrivé au pouvoir, ce sont des réformes politiques, des réformes stratégiques, et économiques. Dans ce cas précis, vous n’êtes pas sans savoir que beaucoup d’investissements ont été faits dans le domaine de la santé. Mais si aujourd’hui toutes ces populations ne sont pas encore satisfaites, comprenez simplement qu’on ne peut pas non plus attendre que toutes ces mesures soient satisfaites à cent pour cent près avant d’aller  faire autre chose. Le Sommet n’entrave en rien les démarches qui se font dans le domaine de l’éducation, dans le domaine de la santé. Par contre après le Sommet, nous continuerons par vivre et ce qui se fait dans le pays se poursuivra certainement.

La rédaction: Environ 3000 personnalités sont attendues dans notre pays, pensez-vous que le Togo dispose d’infrastructures requises pour accueillir nos hôtes? 

Eric KPADE : Il faut que je vous le dise tout suite, selon mes  informations,  le Togo dispose d’infrastructures  pouvant contenir et assurer le séjour de tous les participants par rapport au moyen dont nous disposons et au regard des différentes annonces des délégations des différents Etats. Le recensement a été fait à la taille des infrastructures devant abriter le sommet.  Il faut souligner que tout se passe sous l’égide des Nations Unies avant que le secrétariat de l’UA n’organise les choses. Le Togo n’est pas à son premier exercice dans l’organisation des grands évènements. Je suis persuadé qu’ils ont sûrement pris les dispositions pour que chacun  puisse trouver  une couchette  pendant la tenue de ce grand évènement.

 

La rédaction: De la réussite de ce sommet devons-nous s’attendre au retour du Togo au-devant de la scène internationale?

 

Eric KPADE : Ah  oui ! Sûrement,  c’est une affaire de confiance. Et sans cette confiance  entre les autres les  pays de l’Union Africaine,  le Secrétariat Général des Nations Unies,  le Secrétariat Exécutif  de l’UA et tout le reste, l’on  n’aurait pas  accepté que ce Sommet se tienne à Lomé. Voila pourquoi chacun devait mettre de son meilleur pour que pendant le séjour de nos hôtes, chacun puisse jouer parfaitement son rôle. Pour qu’en sortant de ce Sommet, la moindre opportunité  provenant  des autres puisse nous revenir. A travers ce sommet,  des hôtels vont se faire connaître, les restaurateurs vont se faire connaître.  A partir de ce Sommet, pour moi personnellement, je souhaiterai que d’autres opportunités puissent suivre au profit de nos activités économiques.

 

La rédaction : Avant tout,  vous êtes un politique  et il y a le  bloc  politique  de l’opposition  CAP 2015, qui projette d’organiser des manifestations, ne pensez-vous pas que cela   impacte négativement le succès du sommet ?

 

Eric KPADE : Je ne pense pas, tous les esprits éclairés  pourront comprendre donc que, c’est parce que justement dans notre pays la démocratie  bat son cours effectivement; que la liberté d’expression est réelle sans ambages et qu’en conséquence ceux-là peuvent élever leurs voix en toute liberté. Mais,  ce que je demanderais,  c’est qu’ils le fassent dans moins de bruit en respectant les lois de la République pour que leur message puisse passer dans le respect de la liberté d’autrui et que tout le monde puisse se retrouver dans une bonne quiétude.

 

La rédaction : Pourquoi  les questions sécuritaires préoccupent tant le monde en général et le Togo en particulier ?

 

En ce qui concerne la sécurité dans le monde entier aujourd’hui, certains théoriciens pensent que nous avons entamé la 3ème guerre mondiale. Aucune économie ne peut survivre en restant en autarcie et penser que l’insécurité est une affaire des autres et dire que ce qui se passe chez le voisin  ne le concerne pas.

 Je l’ai déjà dit, la superficie de la mer dépasse largement celui de la terre. Et quand on prend notre pays le Togo, il n’a que 50 km de côtes. Le gouvernement sous l’impulsion du Président de la République Faure GNASSINGBE, a modernisé les moyens de l’armée marine de notre pays pour que cette dernière puisse faire son devoir en surveillant les côtes togolaises.  Si on se contente de la sécurité terrestre en oubliant celle réservée aux océans, on pourrait être surpris désagréablement. C’est vrai que même en ce qui concerne les airs, la surveillance se fait par les satellites et autres. Mais si les pirates prennent le pas sur nos Etats, en passant du Golfe d’Aden au Golfe de Guinée, il nous revient de commencer par réfléchir.

La rédaction: Pensez-vous que Lomé  sera un nouveau départ pour le défi sécuritaire maritime ?

Eric KPADE : Je parie qu’à partir de la charte du Sommet de Lomé,  nous allons pouvoir trouver un terrain d’entente en ce qui concerne la prévention de la piraterie. C’est ça l’enjeu principal de ce Sommet. Si nous n’assurons pas cette  sécurité, nos ressources  halieutiques,  pétrolières qui sont pour la plupart  dans sous les océans, seront pillées. C’est pour cela que déjà en juin 2013 au Cameroun,  le travail a été fait en partie. Et c’est la suite de ce travail qui sera fait par le Sommet de Lomé, où nous allons pouvoir assurer la quiétude entre nous sur notre continent et en même temps,  assurer la surveillance de nos ressources qui nous appartiennent naturellement pour demain et que nos enfants ne soient pas entièrement dépouillés de ce qui leur revient de droit.

 La rédaction: Mr Eric KPADE, merci,  

Eric KPADE : Merci infiniment et à très bientôt !

Interview réalisée par la Rédaction 

Le ciment, un matériau important dans la construction d’ouvrages d’art en tous genres est au centre d’une bataille commerciale au Togo. Le pays a un besoin annuel de près de 1.250.000 tonnes de ciment pour satisfaire la demande locale, ce que les trois cimenteries implantées arrivent à satisfaire et même avec un important excédent rapporte, Jean ADOLEHOUME, Directeur Administratif et des Ressources Humaines à CIMTOGO.

« Les trois cimentiers du Togo ont une capacité de production de près de 2 millions de tonnes par an auxquelles vont s’ajouter à partir du 1er trimestre 2017 les 250 000 tonnes annuelles de CIMTOGO Kara. Le marché togolais du ciment est bien couvert déjà », indique-t-il dans une interview accordée à notre confrère Afreepress.

Pour celui-ci, l’arrivée sur le marché d’un concurrent étranger n’ayant créé aucun emploi dans le pays et de surcroit, bénéficiant d’importantes exonérations de taxes dans son pays d'origine qui est le Nigeria, viole les règles de concurrence et met à mal les entreprises locales. Raison pour laquelle il lance un vibrant appel à l’endroit des autorités en charge du commerce et de l'industrie au Togo à prendre des mesures urgentes pour redresser la barre et sauver des centaines d’emplois locaux qui sont menacés à cause de cette concurrence qu’il qualifie de « déloyale ».

Nous vous proposons l’intégralité de cette interview.

 

Bonjour Monsieur Jean ADOLEHOUME.  Comment se porte votre société CIMTOGO après l’irruption sur le marché togolais des produits DANGOTE ?

 

Jean ADOLEHOUME : Comme nous avons coutume de le dire « CIMTOGO était là avant ses concurrents et CIMTOGO sera là après ses concurrents ». Le Ciment TORO reste le leader.

 

Les produits de CIMTOGO sont-ils conformes aux normes de qualité exigés sur le plan mondial ?

 

Jean ADOLEHOUME : Affirmatif ! Le ciment de CIMTOGO respecte les normes internationales puisque les standards utilisés sont les standards européens que ce soit en matière de qualité technique ou de respect des normes environnementales, ce qui n’est pas forcément le cas des produits de ses concurrents. CIMTOGO, entreprise togolaise citoyenne fait partie du groupe allemand HEIDELBERGCEMENT qui est le N° 2  mondial en matière de production de ciment, N°1 en matière d’agrégats et N°3 en matière de béton prêt à l’emploi.

 

N’oublions pas qu’au Togo c’est ce ciment  Toro de CIMTOGO qui a servi à construire les plus grands édifices comme l’Hôtel du 2 février actuel Radisson, l’aéroport de Lomé, les différentes routes et édifices publics, le port autonome…

 

 En outre dans la sous-région ouest africaine c’est ce même ciment de CIMTOGO qui a été utilisé en grande majorité pour construire les villes comme Ouagadougou au Burkina Faso, Bamako au Mali, Niamey au Niger…

 

C’est la preuve formelle que le ciment de grande qualité qui est le ciment Toro de CIMTOGO fait l’unanimité partout où il est utilisé.

Et puis CIMTOGO est présente depuis presque 50 ans au Togo.

D’ailleurs CIMTOGO est la seule cimenterie du Togo possédant deux certificats en matière de qualité :

-ISO 14001/2004,

-British standard OHSAS 18001/2007.

Ces deux normes sont des références internationales dans les domaines de l’environnement, la santé et la sécurité au travail.

 

Peut-on dire que les produits DANGOTE sont de moindre qualité comparés au ciment togolais raison pour laquelle ils sont moins chers ?

 

Jean ADOLEHOUME : Le produit dont vous parlez est-il vraiment moins cher pour le consommateur final? Avez-vous des reçus d’achat le prouvant ?

 

C’est surtout les intermédiaires qui tirent leur épingle du jeu. Il ne faut pas duper le client final.

 

La principale question est de savoir pourquoi ce concurrent nigérian exporte du ciment vers le Togo alors que l’importation du ciment est interdite vers le Nigéria ceci malgré le fait qu’on soit tous membres de la CEDEAO.

 

En outre ce concurrent jouit d’exonération de taxes dans son pays et n’a créé aucun emploi au Togo, contrairement à CIMTOGO qui en a créé des centaines voire des milliers si on considère toutes les entreprises du groupe HEIDELBERGCEMENT au Togo (SCANTOGO Mines, GRANUTOGO, CIMTOGO Lomé et en début d’année prochaine CIMTOGO Kara).

 

Le groupe a ainsi investi au Togo dans le quinquennat en cours près  de deux cent milliards de francs CFA.

 

Parlant de coût des paquets de ciment au Togo, qu’est-ce qui explique la différence de prix entre les produits DANGOTE et ceux des sociétés togolaises ?

 

Jean ADOLEHOUME : Tout d’abord il faut savoir qu’au Togo c’est l’Etat qui fixe le prix du ciment.

 

Le prix de la tonne de ciment TORO classique de CIMTOGO, le CPJ 35  est fixé à 81000F CFA, celui du ciment TORO spécial, le CPA 45 est fixé à 92000F CFA la tonne depuis le 09 juillet 2008 par un arrêté ministériel suite à une décision prise en conseil des Ministres.

 

Le ciment du concurrent nigérian dont vous parlez est subventionné par son pays d’origine.

 

De plus avec la chute du Naïra, la monnaie nigériane, les coûts de production ont baissé.

 

Enfin le conditionnement en sacs plastiques du ciment du concurrent nigérian, contrairement à toutes les normes nationales et internationales en vigueur en matière environnementale amoindrit les coûts d’emballage.

 

Peut-on parler dans ce cas de concurrence déloyale?

 

Jean ADOLEHOUME : Tout à fait. C’est ce qu’on appelle le Dumping commercial.

 

Selon la définition qui en est donnée, « c’est une pratique fréquente dans le commerce international, permettant à des entreprises exportatrices de s'implanter sur un marché nouveau, où les habitudes des consommateurs ne leur permettraient pas de vendre leurs produits s'ils étaient proposés au même prix que ceux de leurs concurrents locaux. Cela peut conduire à des ventes à un prix inférieur au prix de revient. Le dumping est interdit par l'OMC (Organisation mondiale du commerce), car il est considéré comme une concurrence déloyale).

 

Si le concurrent veut bénéficier des avantages de la CEDEAO, il doit fournir le certificat d’origine qui prouve que le produit est fabriqué dans la CEDEAO et son pays le Nigéria doit ouvrir son marché à notre ciment et à tous les ciments des quinze pays de la communauté. Ce qui n’est pas le cas actuellement.

 

C’est ainsi que les autorités douanières togolaises ont dû refuser il y a quelques semaines l’entrée des produits en question au Togo car il manquait le fameux certificat d’origine. Finalement un certificat d’origine a été apparemment fourni mais son authenticité reste à prouver. En tout cas le marché nigérian reste toujours fermé au ciment extérieur pendant que notre concurrent nigérian bénéficie du SLE au Togo. Ceci n’est pas admissible !

 

En effet, « Selon l’article 3 du traité révisé de la CEDEAO, l’un des principaux objectifs de la CEDEAO est de promouvoir l’intégration économique de la région en créant un marché commun, entre autres. L’instrument créé à cet effet est le Schéma de Libéralisation des Echanges de la CEDEAO (SLE). Le SLE est un outil qui vise à la mise en place effective de la zone de libre-échange. Le mécanisme du SLE assure la libre circulation des marchandises sans le paiement des droits de douanes et des taxes d’effet équivalent à l’importation dans l’espace CEDEAO. De plus, il permet la mise en place de mesures pour réduire les nombreuses formalités administratives aux frontières.

 

Le SLE a été mis en place en 1979 et ne couvrait à l’époque que les produits agricoles et les objets de l’artisanat faits à la main. Puis, en 1990, il a été élargi aux produits industriels. Cette expansion a nécessité la formulation des règles relatives à la définition de la notion de «produits originaires» de la CEDEAO. Les «Règles d’Origine» ont été donc énoncées. Un produit industriel qui est conforme à ces Règles d’Origine peut bénéficier du SLE ».

 

CIMTOGO a déjà signalé ces faits aux autorités compétentes togolaises. L’industrie du ciment togolais doit dans ce cas bénéficier des mêmes exonérations que ce concurrent pour que la concurrence soit loyale.

 

CIMTOGO n’a pas peur de la concurrence. Il y a déjà deux concurrents présents sur le marché et la concurrence engendre l’excellence. Encore faudrait-il que cette concurrence soit loyale et saine.

 

Que disent les autorités en charge du commerce dans notre pays pour éviter de couler des entreprises qui sont installés ici au Togo et employant une main d’œuvre togolaise ?

 

Jean ADOLEHOUME : CIMTOGO a introduit des requêtes au Ministère du commerce dans ce sens mais sans résultat probant jusqu’à présent. Les experts de la CEDEAO que nous avons contactés sont unanimes sur le fait que les règles communautaires sont bafouées dans ce cas d’espèce et nous recommandent de faire intervenir le ministère du Commerce togolais pour faire appliquer la réciprocité.

 

Nous osons croire que le Togo va continuer à protéger ses industries (n’oublions pas que l’Etat togolais est actionnaire dans CIMTOGO) et surtout les centaines d’emplois actuellement  créés et en cours de création notamment avec notre future cimenterie de Kara et la nouvelle carrière de calcaire dans le DANKPEN.

 

Qu’est-ce qui a motivé votre groupe à se lancer dans la construction d’une cimenterie à AWANDJELO dans la région de la KARA ?

 

Jean ADOLEHOUME : Cette cimenterie va permettre de mieux alimenter le marché intérieur. Elle aura une capacité de plus de 200 000 tonnes de ciment par an. CIMTOGO se rapproche ainsi de plus en plus de ses clients avec des délais d’approvisionnement compressés. En outre une centaine d’emplois directs sera disponible et avec les différents prestataires plusieurs centaines de futurs emplois induits. Il ne faut pas oublier que chaque employé de CIMTOGO entretiendra  en moyenne une dizaine de personne dans sa famille.

 

La capacité de production de CIMTOGO sera ainsi portée à plus d’un million de tonnes par an.

 

Qu’est-ce que cela va apporter au consommateur togolais ?

 

Jean ADOLEHOUME : Le ciment Toro qui porte l’empreinte de la qualité sera plus disponible et accessible à nos compatriotes des régions au Nord du Togo.

 

L’importation de ciments du groupe DANGOTE au Togo ne peut-elle pas s’expliquer par les récurrentes pénuries de ciment que le Togo connaît de façon périodique ?

 

Jean ADOLEHOUME : Non. Ce serait une raison fallacieuse.

En effet le marché global togolais du ciment fait ressortir un besoin d’environ 1.250.000 tonnes par an.

Les trois cimentiers du Togo ont une capacité de production de près de 2 millions de tonnes par an auxquelles vont s’ajouter à partir du 1er trimestre 2017 les 250 000 tonnes annuelles de CIMTOGO Kara. Le marché togolais du ciment est bien couvert déjà.

 

La pénurie (qui n’est heureusement pas récurrente) de l’année dernière, à laquelle vous faite allusion est due à une conjonction de facteurs :

 

-Il y avait eu une panne de broyeur chez un de nos concurrents locaux,

 

-Cette période était chargée en finition de grands travaux qui sont très demandeurs de ciment spécial,

 

-Ce fut le moment de réception des intrants agricoles au port à destination de l’hinterland et de la récolte du coton dans l’hinterland.

 

CIMTOGO n’ayant pas de transporteurs maison, elle fait appel à des prestataires qui compte tenu du taux de gain assuré par le transport des intrants à l’aller et le chargement de coton pour le retour contrairement au ciment qui est à sens unique ont ainsi momentanément délaissé le transport de ciment.

 

Pendant ce temps la production de CIMTOGO et de l’un des deux concurrents locaux était assurées. D’ailleurs des actions concrètes médiatisées ont été menées par CIMTOGO pour enrayer ce phénomène temporaire notamment par la réquisition de dizaines de camions d’un prestataire pour desservir toute l’étendue du territoire togolais.

 

Le reproche qu’on fait le plus souvent aux cimenteries du Togo c’est d’exporter la majorité de la production nationale. Est-ce une accusation fondée ?

 

Jean ADOLEHOUME : Ce reproche n’est pas du tout fondé.

 

L’arrêté ministériel du 09 juillet 2008 autorise par exemple CIMTOGO à exporter 50 % de sa production. CIMTOGO n’exporte même pas à ce niveau. Par exemple en 2014, elle n’a exporté que 28% de sa production et en 2015 un peu moins de 30%.

Le marché intérieur est privilégié car l’exportation n’est pas toujours rentable. Avec l’ouverture l’année dernière de CIMBURKINA, une cimenterie du groupe HEIDELBERGCEMENT au Burkina, le taux d’exportation est encore en baisse.

Alors ceux qui veulent justifier l’injustifiable importation déloyale du ciment au Togo doivent trouver d’autres raisons.

 

Source: Afreepress